vendredi 18 décembre 2009, par Daniel Rouan, Philippe Zarka
A ce jour, on connaît près de 400 étoiles entourées de planètes (http://exoplanet.eu/catalog-all.php). Ces dernières ont des masses allant de quelques masses terrestres à plus d’une dizaine de masses de Jupiter, et des périodes de révolution qui s’échelonnent entre 1 jour et plusieurs années. Dans une trentaine de cas, les étoiles possèdent même un cortège planétaire de deux ou trois planètes. À travers la recherche et l’étude de ces planètes, l’astrophysicien cherche à répondre à plusieurs questions :
On pourrait y ajouter :
Au-delà de ces questions purement astrophysiques, se posent des questions qui n’appartiennent plus qu’au seul champ philosophique mais désormais sont aussi l’objet de la recherche scientifique :
La question des méthodes pour détecter et caractériser ces planètes extrasolaires est toutefois la première qui se présente au chercheur.
Il existe quantité de méthodes de détection. Seules celles qui sont mises à profit dans les projets développés au sein du LESIA sont indiquées ici.
Si le plan de l’orbite de la planète autour de son étoile contient la ligne de visée de l’observateur (l’astronome sur Terre), alors pour cet observateur, la planète passe devant le disque de l’étoile à chaque révolution. Il en résulte une occulation partielle de l’étoile et donc une baisse apparente de son éclat pendant quelques heures, et ce de manière périodique. Ce phénomène d’occultation partielle, appelé transit, peut-être utilisé pour déduire indirectement la présence d’un compagnon planétaire et permet d’en mesurer le diamètre. Le satellite CoRoT est le programme emblématique de cette recherche au LESIA. Il a en particulier permis la découverte de la planète Corot-7b qui est la première planète rocheuse de taille et de densité analogue à notre Terre. Le projet PLATO soumis à l’agence spatiale européenne par le LESIA et d’autres laboratoires, pourrait devenir le successeur de CoRoT avec des performances accrues.
Si la planète est difficile à observer directement, ce n’est pas seulement parce qu’elle est intrinsèquement peu brillante, c’est aussi parce que l’observateur est "aveuglé" par la lumière de l’étoile. La coronographie est une technique qui consiste à masquer la lumière de l’étoile pour faire "ressortir" l’image de la planète. Plusieurs expériences du LESIA ont éte développées ou sont en cours de développement autour de cette technique : NAOS et les coronographes que nous y avons installés, le sous-système de coronographes de la caméra spatiale MIRI-JWST, l’instrument SPHERE-VLT équipé de coronographes du LESIA, le futur instrument EPICS-EELT. Une recherche et développement active est par ailleurs menée : coronographie à masque de phase à quatre-quadrants, self-coherent camera.
Cette technique consiste à combiner la lumière collectée par un ou plusieurs télescopes pour former des franges d’interférence. Il est possible d’extraire de l’apparence de ces franges (contraste et position), une information sur la forme de la source émettrice avec une résolution angulaire (finesse des détails) comparable à celle donnée par un télescope virtuel géant de diamètre égal à la distance entre les télescopes formant l’interféromètre. Au confluent de l’interférométrie et de la coronographie, se trouve l’interférométrie coronographique ou interférométrie en frange noire. Il s’agit cette fois d’éteindre la lumière de l’étoile en faisant se recombiner destructivement la lumière issue de l’étoile (frange noire), mais constructivement celle issue de la planète (frange brillante) dont la position est légèrement décalée sur le ciel par rapport à l’étoile. La mission DARWIN et l’expérience PERSÉE sont les deux projets auxquels le LESIA participe activement. Quant à la Recherche et Développement sur ce thème, elle se développe autour de composants innovants comme des fibres optiques monomodes ou un déphaseur optique en damier (banc DAMNED).

Interactions soleil-magnétosphère et Jupiter-satellites
(cliquer pour agrandir)
Les planètes géantes du système solaire, en particulier Jupiter, possèdent de forts champs magnétiques et émettent un rayonnement radio basses fréquences intense. Ce rayonnement, produit par des particules chargées accélérées dans les magnétosphères de ces planètes, est non thermique et de ce fait presqu’aussi intense que les émissions solaires aux mêmes longueurs d’ondes (décamétriques). Des planètes extra-solaires géantes pourraient donc trahir leur présence par un rayonnement de ce type, à condition qu’il soit suffisamment intense pour être capté depuis la Terre. Des études théoriques suggèrent que ce pourrait être le cas pour les Jupiters chauds (planètes géantes orbitant très près de leur étoile) magnétisés, ou pour les Jupiters chauds magnétisés ou non à la condition que leur étoile possède, elle, un fort champ magnétique (ce dernier cas est un analogue géant du système Jupiter-Io). Les systèmes planétaires les plus prometteurs sont actuellement observés par plusieurs équipes avec les plus grands radiotélescopes basses fréquences du monde (UTR2 en Ukraine, VLA aux USA, GMRT en Inde, et bientôt LOFAR en Europe). La détection directe d’une émission radio donnera une mesure directe du champ magnétique et de la période de rotation planétaires, et ouvrira le champ prometteur d’une étude comparative des magnétosphères et des interactions "plasmas" étoile-planète.