LESIA - Observatoire de Paris https://lesia.obspm.fr/ De la conception des instruments d'astronomie à l'exploitation des résultats, les thématiques scientifiques développées au LESIA couvrent de nombreux domaines de l'astrophysique. Les activités sont organisées autour des projets (sol, espace ou modélisation) dont de nombreuses réalisations instrumentales font la réputation du laboratoire. Directeur : Vincent Coudé du Foresto fr SPIP - www.spip.net LESIA - Observatoire de Paris https://lesia.obspm.fr/IMG/logo/siteon0.gif?1236685906 https://lesia.obspm.fr/ 89 290 Couplage d'ondes dans le milieu interplanétaire https://lesia.obspm.fr/Couplage-d-ondes-dans-le-milieu.html https://lesia.obspm.fr/Couplage-d-ondes-dans-le-milieu.html 2011-11-03T13:29:05Z text/html fr Carine Briand <h4 class="spip">Il s'agit d'un résumé d'un article publié dans JGR</h4> - <a href="https://lesia.obspm.fr/-Vent-solaire-et-milieu-.html" rel="directory">Vent solaire et milieu interplanétaire, plasmas hors de l'héliosphère</a> <div class='rss_texte'> <dl class='spip_document_1534 spip_documents spip_documents_right spip_documents_document' style='width:300px;'> <dt><a href='https://lesia.obspm.fr/IMG/jpg/typeIII.jpg' rel="portfolio" title='Emission de Type III' type="image/jpeg"><img src='https://lesia.obspm.fr/local/cache-vignettes/L300xH222/typeIII-4f143-ba874.jpg?1684246672' width='300' height='222' alt="Emission de Type III" /></a></dt> <dt class='spip_doc_titre'><strong>Emission de Type III</strong></dt> <dd class='spip_doc_descriptif'><p>Intensité des émissions radio en fonction du temps et de la fréquence. L'émission de Type III se caractérise par une dérive dans le plan temps-fréquence (soulignée par des traits pointillés). Les émissions électrostatiques sont visibles vers 10kHz entre 11:15 et 11:45. Observations depuis le satellite WIND (NASA)</p><small></small></dd> </dl> <h4 class="spip">Les émissions radio pour connaître le milieu interplanétaire</h4> <p>Les émissions radio fournissent un moyen très efficace pour diagnostiquer à distance l'état du milieu interplanétaire. Prenons le cas des émissions de Type III. Elles sont parmi les plus intenses du domaine radio solaire. Situées dans la gamme 500kHz - 10 MHz<span class="spip_note_ref"> [<a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='kHz : kiloHertz, MHz : MégaHertz' id='nh1'>1</a>]</span>, elles sont observées depuis l'espace et depuis des instruments au sol (au <a href="http://www.obs-nancay.fr/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=49&Itemid=4" class='spip_out' rel='external'>réseau décamétrique de Nançay</a> par exemple). Au moins deux aspects rendent ces ondes particulièrement intéressantes :</p> <ul class="spip"><li> Elles sont liées à des éruptions solaires et traduisent la propagation de faisceaux d'électrons dans le milieu interplanétaire ;</li><li> Leur fréquence nous renseigne sur la densité local du milieu.</li></ul> <p>Lors de telles d'éruptions solaires (ou <i>flares</i> selon l'appellation anglaise), des électrons sont fortement accélérés. Ils se propagent à une vitesse de l'ordre de 10 à 30 % de la vitesse de la lumière le long des lignes de champ magnétique interplanétaire. Ces particules déstabilisent le milieu (constitué essentiellement d'électrons, de protons et d'ions) au moment de leur passage et génèrent localement des ondes électrostatiques.</p> <p>Ces ondes (dites ondes de Langmuir) oscillent à une fréquence proportionnelle à la racine carrée de la densité électronique du milieu<span class="spip_note_ref"> [<a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='Cette fréquence est appelée fréquence de plasma. Elle caractérise la fréquence (...)' id='nh2'>2</a>]</span>. La dérive temporelle des hautes vers les basses fréquences que l'on observe sur les spectres (voir la figure) traduit simplement la décroissance de la densité avec la distance au Soleil. Typiquement, la densité électronique du milieu interplanétaire au niveau de la Terre est de 1-10 particules/cm<sup>3</sup>, ce qui conduit à une fréquence de l'ordre de 10-30 kHz. Bien comprendre le processus physique conduisant à la production d'ondes électromagnétiques à partir de ces ondes électrostatiques est donc indispensable pour déduire les propriétés du milieu interplanétaire<span class="spip_note_ref"> [<a href='#nb3' class='spip_note' rel='appendix' title='Outre la densité, ces observations permettent également d'étudier les (...)' id='nh3'>3</a>]</span>.</p> <h4 class="spip">Une théorie connue, mais pas d'observations</h4> <p>Les premières théories pour expliquer le processus d'émission des ondes électromagnétiques datent de la fin des années 50. Une onde électrostatique de Langmuir L se décomposerait en une autre onde de Langmuir (dite onde fille - L') et en une autre onde électrostatique (onde acoustique ionique - IAW) de plus basse fréquence :</p> <p>L —> L' + IAW</p> <p>Cette décroissance de l'onde de Langmuir est un processus d'interaction à trois ondes. Les deux ondes électrostatiques se recombineraient ensuite pour produire une onde électromagnétique à une fréquence double de la fréquence plasma. Depuis les années 50, de nombreux travaux théoriques se sont développés pour améliorer ce modèle. <strong class="caractencadre2-spip spip">Jusqu'à présent, aucune observation n'était venue confirmer l'existence d'un tel couplage d'ondes dans le milieu interplanétaire. Nous en apportons la preuve ici.</strong></p> <h4 class="spip">STEREO/WAVES fournit des données uniques</h4> <dl class='spip_document_1536 spip_documents spip_documents_right spip_documents_document' style='width:300px;'> <dt><a href='https://lesia.obspm.fr/IMG/jpg/waveform.jpg' rel="portfolio" title='Exemple de forme d'onde' type="image/jpeg"><img src='https://lesia.obspm.fr/local/cache-vignettes/L300xH300/waveform-9c394-4041f.jpg?1684246672' width='300' height='300' alt="Exemple de forme d'onde" /></a></dt> <dt class='spip_doc_titre'><strong>Exemple de forme d'onde</strong></dt> <dd class='spip_doc_descriptif'><p>Exemple de mesure de forme d'onde. Le temps (en millisecondes) est indiqué en abscisse, l'amplitude du champ électrique est indiqué en ordonné. Chaque graphe correspond à une mesure sur une des trois antennes de STEREO/WAVES.</p><small></small></dd> </dl> <p>Jusqu'à présent, les observations <i>in situ</i> (avec des instruments embarqués à bord de missions spatiales telles que <a href="http://www-istp.gsfc.nasa.gov/wind.shtml" class='spip_out' title="Site Web de WIND" rel='external'>WIND</a>), ont mis en évidence la présence simultanée des ondes de Langmuir et des ondes acoustiques ioniques. Mais cette simultanéité ne suffit pas à confirmer le processus de couplage. Il faut en effet vérifier d'autres conditions :</p> <ul class="spip"><li> la conservation de l'énergie,</li><li> la conservation de la quantité de mouvement</li><li> le couplage de phase.</li></ul> <p>Ces lois induisent des relations strictes entre les fréquences, les longueurs d'onde et les phases des ondes impliquées. La vérification de ces conditions du point de vue observationnel était jusqu'alors impossible. Il faut en effet avoir à disposition des données particulières : (1) des formes d'onde (une mesure de l'amplitude et la phase d'une onde en fonction du temps — voir Figure), (2) une gamme de fréquence étendue (qui permet de mesurer simultanément les "hautes" fréquences — ondes de Langmuir, typiquement 10kHz — et les "basses" fréquences — ondes acoustiques ioniques, typiquement 200Hz). Avant la mission <a href="http://stereo.gsfc.nasa.gov/" class='spip_out' title="Site Web de STEREO" rel='external'>STEREO</a>, nous avions soit des mesures spectrales (donc pas de mesure de la phase des ondes), soit des formes d'onde sur des échantillons restreints en temps (empêchant la mesure des basses fréquences). Avec ses 130msec (soit presque 10 fois plus long que d'autres instruments), STEREO/WAVES nous fournit pour la première fois des échantillons susceptibles de tester la théorie.</p> <p>Une émission de Type III a eu lieu le 14 Janvier 2007. Les deux sondes STEREO étaient alors encore dans l'environnement de la Terre et — par chance — sur le passage des faisceaux d'électrons. Nous avons ainsi pu enregistrer les ondes électrostatiques et conduire une étude quantitative sur le processus de couplage d'ondes.</p> <dl class='spip_document_1535 spip_documents spip_documents_left spip_documents_document' style='width:300px;'> <dt><a href='https://lesia.obspm.fr/IMG/jpg/spectrum.jpg' rel="portfolio" title='Spectre électrique' type="image/jpeg"><img src='https://lesia.obspm.fr/local/cache-vignettes/L300xH300/spectrum-a9f77-94951.jpg?1684246672' width='300' height='300' alt="Spectre électrique" /></a></dt> <dt class='spip_doc_titre'><strong>Spectre électrique</strong></dt> <dd class='spip_doc_descriptif'><p>Spectre typique du champ électrostatique associé à une émission de type III. On remarque un pic à 10kHz (fréquence Langmuir) et un autre à 0.25kHz (onde acoustique ionique). Graphe inférieur : un zoom autour du pic Langmuir montre deux pics dont la séparation est égale la fréquence de l'onde acoustique ionique. Observations STEREO/WAVES</p><small></small></dd> </dl> <p>Une technique statistique (la bicohérence) a permis de confirmer que les phases des ondes étaient bien couplées sur toutes les formes d'onde (environ 15 échantillons) liées à cet événement. L'analyse spectrale a de plus prouvé que la relation entre la fréquence des ondes de Langmuir (observées à 10kHz) et celle du mode basse fréquence (à 200Hz<span class="spip_note_ref"> [<a href='#nb4' class='spip_note' rel='appendix' title='identifié comme des ondes acoustiques ioniques décalées par effet (...)' id='nh4'>4</a>]</span> — voir Figure ci-contre) était également bien vérifiée.</p> <p>Par ailleurs, une analyse temps-fréquence (appelée analyse en ondelettes) a permis d'estimer la taille de la zone de couplage (estimée à environ 20 km). Enfin, la fréquence observée de l'onde acoustique ionique doit suivre une loi variant linéairement dans le temps (correspondant à la propagation "en vol libre" des électrons). Nous avons confirmé que cette loi était aussi vérifiée pour les échantillons des deux sondes STEREO.</p> <h4 class="spip">Après les observations, retour à la théorie</h4> <p>Cette étude menée grâce à des observations uniques de la mission STEREO a permis pour la première fois de prouver la validité du processus de couplage d'ondes dans le milieu interplanétaire. Ce mécanisme est essentiel pour comprendre les émissions électromagnétiques solaires dans la gamme du MHz. Restait encore une question majeure : les ondes de Langmuir avaient-elles l'énergie suffisante pour produire les deux ondes filles ? Cet aspect a été traité à travers des simulations numériques<span class="spip_note_ref"> [<a href='#nb5' class='spip_note' rel='appendix' title='de type cinétique' id='nh5'>5</a>]</span> et sera évoqué dans un prochain article (mais pour ne pas vous laisser sur votre faim, la réponse est OUI : les observations collent parfaitement à la théorie).</p> <p>Ces résultats sont présentés dans un article du Journal of Geophysical Research (<a href="http://cdsads.u-strasbg.fr/abs/2009JGRA..11403103H" class='spip_out' title="Henri et al., 2009, JGR" rel='external'>accéder</a> à l'article)</p></div> <hr /> <div class='rss_notes'><div id='nb1'> <p><span class="csfoo htmla"></span><span class="spip_note_ref">[<a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'>1</a>] </span><span class="csfoo htmlb"></span>kHz : kiloHertz, MHz : MégaHertz</p> </div><div id='nb2'> <p><span class="csfoo htmla"></span><span class="spip_note_ref">[<a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'>2</a>] </span><span class="csfoo htmlb"></span>Cette fréquence est appelée fréquence de plasma. Elle caractérise la fréquence d'oscillation libre des électrons d'un plasma. En toute rigueur, la fréquence des ondes de Langmuir est légèrement supérieure à la fréquence plasma à cause d'effet thermique</p> </div><div id='nb3'> <p><span class="csfoo htmla"></span><span class="spip_note_ref">[<a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='appendix'>3</a>] </span><span class="csfoo htmlb"></span>Outre la densité, ces observations permettent également d'étudier les inhomogénéités du milieu, ainsi que la vitesse des faisceaux de particules</p> </div><div id='nb4'> <p><span class="csfoo htmla"></span><span class="spip_note_ref">[<a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='appendix'>4</a>] </span><span class="csfoo htmlb"></span>identifié comme des ondes acoustiques ioniques décalées par effet Doppler</p> </div><div id='nb5'> <p><span class="csfoo htmla"></span><span class="spip_note_ref">[<a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='appendix'>5</a>] </span><span class="csfoo htmlb"></span>de type cinétique</p> </div></div>