Institut national de recherche scientifique français Univerité Pierre et Marie Curie Université Paris Diderot - Paris 7

Cyrille Blanchard, la passion de l’instrumentation

vendredi 8 avril 2022

Cyrille Blanchard
Cyrille Blanchard

Crédit photo : Sylvain Cnudde - LESIA / Observatoire de Paris-PSL

Depuis toujours, Cyrille Blanchard ressent un grand attrait pour la sphère scientifique. Sciences et techniques, histoire et philosophie des sciences, physique-chimie sont ses domaines de prédilection… à l’exception notable des mathématiques trop abstraites et pas assez appliquées à son sens… jusqu’à ce qu’il en perçoive l’intérêt, plus avant dans sa formation. Un parcours qu’il définit comme atypique, soulignant une forme d’errance entre ces matières. Il s’oriente dans un premier temps vers un Baccalauréat scientifique qu’il obtient finalement au CNED, tout en étant surveillant dans un lycée. Il poursuit par une première année de physique à Jussieu en plein chantier de désamiantage, période dont il garde un excellent souvenir. Assurément plus pour les à-côtés que pour les études elles-mêmes précise-t-il plein d’humour et, surtout, pour y avoir rencontré des amis musiciens avec qui il a fait un bout de chemin ! Puis ce sera une année de géologie à l’université de Cergy, matière pour laquelle il éprouvait un grand attrait car elle était moins mathématique, plus pratique et comprenait une partie « terrain ».

Cyrille commençait alors à pressentir que c’étaient plus les applications que la théorie et l’abstraction qui guidaient ses pas. Ce qui semblait au départ une « errance » allait, peu à peu, devenir cohérence. Passionné de bricolage et un peu habile de ses mains, il réalise que la mécanique pourrait être une voie tout à la fois intéressante et motivante pour lui. Il fait donc le choix de suivre les cours du soir d’un DUT mécanique-bureau d’études aux Arts et métiers qui – et c’est là que cela fait sens - fait appel à ses connaissances de physique et de mathématiques, appliquées cette fois, et donc plus « concrètes ». Il trouve dès lors son fil conducteur. Il y apprend à concevoir une pièce, la dimensionner, la dessiner à l’aide de logiciels « métier ». Il résume ainsi son parcours, avec une pointe d’auto-dérision : « Beaucoup d’hésitations et de redoublements » mais, au final, une voie qu’il trouve, qui le satisfait pleinement et le projet de compléter sa formation par une VAE (valorisation des acquis de l’expérience) en licence d’instrumentation qui ne ferait que valider ce qu’il fait maintenant au LESIA : de l’instrumentation scientifique.

Venons-en à présent à son cheminement, somme toute logique, vers l’Observatoire puisque, depuis son plus jeune âge, cet attrait pour la mécanique se doublait d’une passion pour l’astronomie. Il se souvient avec enthousiasme d’un livre sur les planètes, offert par sa mère, qui lui permit de rêver en découvrant le Système solaire. Comme il avait de la suite dans les idées, en cours préparatoire, à l’occasion d’un exposé sur le Système solaire, il en réalise une copie en pâte à modeler avec l’aide de sa mère. Sa passion ne se dément pas et, vers l’âge de 18 ans, il fait l’acquisition de son premier télescope en économisant sur son argent de poche complété d’un petit coup de pouce de ses parents et grands-parents. Ce sera un 115/900 japonais, le nec plus ultra du débutant de l’époque, qui lui permettra, pour la première fois, d’observer la Lune, Saturne, quelques constellations et galaxies également. Bien évidemment, l’émerveillement est de la partie ! Si son rêve d’astronomie était hors de portée car il n’était pas assez « fort en sciences », le destin emprunte parfois des voies originales et la vie allait le mener à son but par un chemin détourné.

Cela commença en 2011 par un stage de DUT de 5 mois au GEPI (Galaxies, étoiles, physique et instrumentation) à Meudon sous la responsabilité de Philippe Laporte. Il découvre alors en quoi consiste un travail de laboratoire, entre liberté d’action et contrainte du résultat. Ce travail au sein d’un collectif, inspiré des compétences de ses collègues, lui plaît. La diversité des savoir-faire requis et des réalisations est une motivation pour lui : métrologie, instrumentation, dessin 3D sur le logiciel Catia (Conception Assistée Tridimensionnelle Interactive Appliquée), cohérence entre conception et réalisation, usinage et fabrication enfin. Un équilibre qui lui convient parfaitement et lui désigne comme une évidence ce qui sera son futur métier : il sera technicien de laboratoire !

Il s’inscrit alors pour passer 6 concours de la fonction publique. Des postes à Orsay, à Paris, dont un d’assistant préparateur de roches. Il en réussit un et il intègre le CNRS avec le grade de technicien le 1er décembre 2012. Cela sera à l’INSP à Jussieu (Institut des nanosciences de Paris). C’est un poste sur mesure que lui propose le directeur d’unité qui avait détecté en ce candidat, à l’écrit, un potentiel qui l’intéressait. Un peu de mécanique, un soupçon de bureau d’étude, une pincée d’instrumentation : la recette idéale pour ainsi dire ! Il va travailler avec trois équipes, vivre en parallèle plusieurs vies professionnelles. Au sein de la première équipe, celle de mécanicien, devant la machine-outil : du fraisage et du tournage. Avec la seconde, un peu de mécanique, un peu d’instrumentation et un travail sur les mesures. Une troisième équipe enfin où l’on attendait de lui une certaine polyvalence : bureau d’étude, instrumentation et mécanique. Il apprend à faire le vide avec des pompes ; se familiarise avec la cryogénie qui permet de faire du froid avec de l’azote et d’autres matériaux et qui deviendra l’une de ses spécialisations au LESIA. Enfin, il se perfectionne en usinage et en exécution de plans. Une période à la fois très formatrice et pleine de réalisations où il va, peu à peu, devenir le professionnel qu’il est aujourd’hui. Il restera en poste dans cette unité jusqu’en juillet 2016. Le vent tourne alors et il lui semble opportun d’effectuer une mobilité NOEMI au CNRS.

Le poste affiché au LESIA est un véritable « coup de cœur professionnel » pour Cyrille qui réalise, comme il le dit avec entrain, qu’il « coche toutes les cases » de sa recherche ! Il rencontre alors Sylviane Chaintreuil, directrice adjointe et Yann Hello, directeur technique du laboratoire. Sylviane, sentant sa grande motivation, lui pose une question fort intelligente et peut-être aussi un peu piège, l’invitant à faire la différence entre l’astronomie passion et l’astronomie métier. Un instant déstabilisé par son interlocutrice, il se ressaisit et remporte la conviction de son auditoire. Affaire conclue donc ! Il rejoint le LESIA et, depuis, s’y épanouit parfaitement. Il en apprécie l’environnement, l’ambiance et les rapports de qualité établis avec les collègues. Jusque dans ces moments de tension où les projets spatiaux poussent chacun dans ses derniers retranchements, mais au final, rendent les équipes solidaires avec, à terme, la fierté du travail bien exécuté !

Il commence son parcours dans notre unité au bureau d’études pour faire la transition avec le labo précédent et un profil de poste différent, apprend auprès des nouveaux collègues et réalise beaucoup de plans. Il est rapidement mis dans le bain de l’instrumentation spatiale puisqu’il est intégré au projet phare du LESIA en cours en 2017, 2018 : RPW (Radio and Plasma Waves) sur la mission Solar Orbiter sous la direction de Milan Maksimovic. L’objectif de RPW est de permettre, pour la première, fois des mesures très précises des champs électriques basse fréquence dans l’héliosphère interne, dans le vent ambiant ou bien au travers des chocs interplanétaires. Le laboratoire est sollicité pour la fabrication de deux cartes électroniques et les phases de test se font au LESIA. RPW est livré en août 2019 et il assistera avec fierté au lancement à Cap Canaveral en février 2020.


MGSE pour les assemblages optiques de MIRS
MGSE pour les assemblages optiques de MIRS

MGSE dessiné sur CATIA pour s’adapter avec l’IRIS tenu en main.
Crédit photo : Sylvain Cnudde - LESIA / Observatoire de Paris-PSL.


Cyrille est également impliqué dans le projet SuperCam puisqu’il arrive au moment où le spectromètre infrarouge IRS, (Infra Red Spectrometer), en grande partie réalisé dans notre laboratoire, intégrait SuperCam, la tête optique du rover martien Perseverance. L’objectif d’IRS est d’analyser des spectres de roches possiblement issues du vivant dont certains carbonates. La livraison du premier modèle de vol à l’IRAP (Institut de Recherche en Astrophysique et Planétologie) de Toulouse est effective en mars 2018. Quant au modèle de vol définitif, suite à un accident d’assemblage à Toulouse qui a occasionné beaucoup de stress à l’équipe, il est livré fin mai 2019. Puis c’est la livraison finale au JPL (Jet Propulsion Laboratory) de la NASA en juin 2019 pour intégration sur Perseverance. Il est important de préciser que SuperCam a été qualifié au LESIA et lancé le 30 juillet 2020. Cyrille était chargé des MGSE (Mechanical Ground Support Equipment) des supports mécaniques qui permettent de tester le matériel au sol pour qu’il corresponde aux normes du spatial ainsi que les essais vide/thermiques TVT ou TVAC. Pour ses premiers pas chez nous, une épopée pleine de rebondissements mais couronnée de succès puisque Perseverance est arrivé sur Mars le 18 février 2021.


Devant la maquette de Perseverance en 2017 au Bourget
Devant la maquette de Perseverance en 2017 au Bourget

Crédit : LESIA / Observatoire de Paris-PSL


Dès son arrivée il se forme avec les collègues sur le logiciel Catia qui permet de designer et de mettre en plan ses réalisations. Ce qui le captive particulièrement dans son métier est que l’on passe son temps à apprendre, à se perfectionner. Un jour par semaine, il fait également partie du service d’observation solaire avec le cœlostat piloté par Isabelle Bualé, tout comme Sylvain Cnudde dont le portrait est récemment paru. Il était également technicien de montage sur la manip MYOSOTIS et, jusqu’en 2019, se rendait tous les ans en Espagne à l’observatoire du Calar Alto sous la direction conjointe d’Andrée Fernandez qui en était l’un des VLD et d’Alain Doressoundiram. Cette mission dont l’objectif était d’observer le transit de petits objets du Système solaire devant un fond d’étoiles s’est terminée et le matériel a été rapatrié au LESIA en octobre 2021. Il est partant pour de nouvelles campagnes d’observations de même nature, si l’occasion se présente...

Son cœur de métier c’est d’être technicien "vidiste" en salle propre, en particulier sur les enceintes de vide-thermique de simulation spatiale telles SimEnOM, l’un des moyens phare de test du laboratoire pour la qualification spatiale. Il opère aussi sur le banc infrarouge YACADIR€ utilisé en ce moment pour MICADO afin de tester des filtres en basse température. Il est également spécialisé sur l’enceinte de bake-out qui permet de contrôler la phase de dégazage, étape essentielle lors de la qualification des instruments. Il assure la maintenance, tient à jour le cahier numérique de manip sur JIRA, un logiciel d’événementiel en ligne et un précieux outil qualitatif qui permet de répertorier les incidents et anomalies.


En salle blanche
En salle blanche

Cyrille Blanchard en train d’installer les composants de vide sur l’enceinte OBAMA au CTS (Complexe Technologique pour le Spatial) pour le projet MIRS.
Crédit photo : LESIA - Observatoire de Paris-PSL


Ses multiples responsabilités ont évolué favorablement depuis son arrivée au LESIA pour se centrer sur l’instrumentation comme avec MIRS dont le lancement est prévu pour 2024 et qui va explorer Phobos, l’un des satellites de Mars. Les tests sont planifiés pour une livraison aux Japonais fin 2023. Il assurera quelques MGSE et bake-outs puis participera aux tests d’environnement. Un projet qui va mobiliser de nombreux collègues du LESIA et qui l’enthousiasme.

Cyrille s’investit depuis longtemps dans la vie de l’Observatoire comme vice-président du CLAS de Meudon. D’abord en tant que co-animateur de l’activité jardinage avec Denis Savary, puis pour le prêt de matériel. Il est également vice-correspondant formation avec Sophie Jacquinod, binôme qui, du fait de leurs appartenances respectives, présente l’avantage de collecter l’information des deux tutelles (CNRS et observatoire). Tout récemment nommé assistant de prévention en tandem avec Yamina Saghi, ils ont la charge de mettre à jour le Document Unique, les listes des chargés d’évacuation et de proposer des solutions pour sécuriser autant que possible les travailleurs isolés.

Ses autres centres d’intérêt ? Comme nous l’avons mentionné plus haut, l’astronomie. Il a, de plus, la chance d’habiter Maintenon dans l’Eure-et-Loir un lieu peu soumis à la pollution lumineuse et de posséder un télescope qui lui réserve de beaux moments d’observation. Il fait également partie d’un club d’astronomie, Magnitude 78, dont les membres ne reculent devant rien car, comme il le dit en forme de boutade : « Tout ce dont on rêve, on le fabrique ! ». En l’occurrence, il y a quelques années, ils ont rêvé d’un télescope de 600 mm de diamètre… et ils l’ont fabriqué ! Folie direz-vous ! Par la technique indispensable et par le coût ! Mais certains rêves ont vocation à devenir réalité et, avec ténacité et un budget de quelques milliers d’euros sur plusieurs années ils l’ont fait ! Avec des matériaux de qualité et l’aide d’un opticien pour le polissage final du miroir. Une décennie d’investissements dans un projet hors normes et la satisfaction de l’objectif atteint. Régulièrement aussi, des voyages pour découvrir le monde. La Palma, le Chili, la Namibie, l’Argentine qu’il décrit comme son plus beau souvenir.

Pour terminer, fin 2021 une mission pour le LESIA en Terre Adélie, près du pôle Sud « histoire de bricoler un peu », comme il le dit avec un brin d’humour. Une belle aventure également relatée dans l’article du BIOP "Mission au pays des manchots". Des voyages, toujours avec des observations à la clé, et un télescope de 250 mm qui peut être emmené en avion dans un bagage cabine.


En route vers Dumont d'Urville en Antarctique !
En route vers Dumont d’Urville en Antarctique !

Cyrille Blanchard à bord du brise glace l’Astrolabe, en route vers la station Dumont d’Urville en Terre Adélie.
Crédit photo : LESIA / Observatoire de Paris-PSL


Autre passion, également depuis le collège : la musique en tant que bassiste. Tous types de musique : du pop-rock à la variété française en passant par le trash-métal selon les périodes de sa vie. Activité qu’il a mise en pause depuis qu’il a quitté Jussieu où il était membre d’un groupe, l’INSP Blues Band. Peut-être le projet d’en créer un au LESIA une fois que la situation sanitaire se sera améliorée ? Avis aux talents et aux amateurs !

Portrait rédigé par Luc Heintze

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