Observatoire de Paris Institut national de recherche scientifique français Univerité Pierre et Marie Curie Université Paris Diderot - Paris 7

Disparition de Franck Hersant

mercredi 6 mai 2020

C’est avec une immense tristesse que nous avons appris la disparition soudaine de Franck Hersant, chercheur CNRS au Laboratoire d’Astrophysique de Bordeaux (LAB). Il avait 43 ans.

Franck Hersant avait soutenu sa thèse en 2002 sous la direction de Daniel Gautier (LESIA) et de Bérengère Dubrulle (CEA-Saclay), puis il avait rejoint à nouveau le LESIA en 2005 sur un contrat post-doctoral.

Franck Hersant en 2001
Franck Hersant en 2001

Franck Hersant a effectué sa thèse au LESIA de 1999 à 2002, sous la direction de Daniel Gautier et Bérengère Dubrulle (CEA), sur la turbulence dans la nébuleuse primitive et la formation du Système solaire externe. En utilisant le fractionnement isotopique du rapport D/H entre l’eau et l’hydrogène moléculaire, il a pu déterminer avec précision les conditions thermodynamiques sous-jacentes à la formation des comètes et des planètes géantes. Il a montré que les rapports élémentaires anormaux mesurés dans les planètes géantes pouvaient s’expliquer par le piégeage des volatiles dans des structures de glace particulières, les clathrates, incorporés dans les planétésimaux. Autre résultat important, ses modèles ont permis d’expliquer la présence de matériaux formés à haute température dans les objets glacés comme les comètes, pourtant agglomérées dans les régions très froides de la nébuleuse, par un mélange à grande échelle lié à la turbulence.

Franck a travaillé avec plusieurs personnes au LESIA, Daniel Gautier, bien sûr, avec qui il avait tissé une relation bien au-delà des aspects professionnels, mais aussi Bruno Bézard, Dominique Bockelée-Morvan, et Olivier Mousis, pour n’en citer que quelques unes. Le pôle de planétologie se souvient d’un étudiant brillant ayant une personnalité profondément attachante, et partage la tristesse de ses proches et de ses collègues du Laboratoire d’Astrophysique de Bordeaux.


Je vous livre les premières phrases de sa thèse qui le définissent assez bien :

La vie se divise en quatre parties variables en durée : l’ignorance, la croyance, la connaissance et la sagesse. Cependant, après l’ignorance arrive un dur combat entre conviction et connaissance donnant souvent lieu à deux possibilités antagonistes : certains croient plus qu’ils ne savent, aussi appelés convaincus, d’autres savent plus qu’ils ne croient, les savants. M’échappant à peine de l’ignorance la plus totale, je fais malheureusement partie du premier cas. Alors, cette thèse n’aurait jamais vu le jour sans l’aide de quelques personnes que je souhaiterais remercier ici.

Transmis par Dominique Bockelée-Morvan


Hommage de la SF2A

Après des études supérieures en Physique fondamentale menées à l’Université Paris 7 et un diplôme de DEA d’Astrophysique et Milieux Dilués obtenu à l’Université de Grenoble en 1999, Franck Hersant soutient sa thèse de doctorat en 2002 sur la turbulence dans la nébuleuse solaire primitive sous la direction de Bérengère Dubrulle (CEA-Saclay) et Daniel Gautier (LESIA). Il rejoint ensuite l’Institut d’Astrophysique Théorique (Heidelberg/All.) et l’équipe de Wolfgang J. Duschl sur une bourse accordée par l’ESA, puis, sur deux contrats post-doctoraux successifs, le LESIA en 2005 et le LAB en 2006.

Franck Hersant est recruté au CNRS en 2008 et poursuit ses recherches au LAB sur la formation du Système solaire incluant le fractionnement isotopique, le mélange turbulent et la composition physico-chimique des comètes et des planètes. Il continue d’élargir son domaine d’expertise en étudiant les interactions gaz-grains, la chimie dans les disques circumstellaires, dans les atmosphères planétaires et le milieu interstellaire, les systèmes auto-gravitants en rotation, la migration planétaire et les effets de marées. Franck contribuera au succès de nombreuses thèses. La diversité des sujets qu’il aborde est à l’image de l’esprit brillant, vif et curieux qui le caractérise.

La communauté scientifique s’est enrichie d’un chercheur d’exception. Celles et ceux qui ont eu la chance de le connaître, tant professionnellement que personnellement, retiendront de lui un être humble, sensible, altruiste, toujours bienveillant, profondément attachant et chaleureux. Nous ne le remplacerons pas. Il laisse un vide immense derrière lui.

Transmis par Jean-Marc Huré